Montures design et remboursement : faut-il choisir entre style et prise en charge ?

Le dispositif 100% Santé a été introduit en France en janvier 2020 : il promettait des lunettes entièrement remboursées pour tous les assurés sociaux. Les personnes qui portent des lunettes peuvent-elles aujourd’hui bénéficier d’une prise en charge totale seulement des modèles standards, ou ont-elles accès à des créations de designers ? Est-il possible d’avoir accès à des lunettes qui vous conviennent, sans sacrifier votre budget, ni votre style ? Pour répondre à ces questions, vous pouvez vous tourner vers un opticien qui saura vous conseiller.

Les plafonds de remboursement de la Sécurité sociale et des mutuelles pour l’optique

Pour le remboursement de l’optique en France, c’est la Sécurité sociale qui intervient en premier, suivie de votre complémentaire santé. Le niveau de remboursement de chacun des deux organisme détermine votre reste à charge final.

La base de remboursement de l’Assurance maladie pour les verres

L’Assurance Maladie prend en charge les verres correcteurs sur prescription médicale. Les verres sont répartis en deux classes :

  • Classe A : verres du panier 100 % Santé, sans reste à charge pour l’assuré.

  • Classe B : verres à prix libres, avec un remboursement partiel et un reste à charge possible.

La base de remboursement dépend de la classe du verre et du type de correction (unifocal, progressif, etc.).

La prise en charge du dispositif 100% Santé

Le dispositif 100 % Santé permet aux assurés d’accéder à des équipements (monture + verres) sans reste à charge pour :

  • Les montures ≤ 30 €

  • Les verres de classe A (avec traitements antireflets et indice de réfraction minimal)

L’opticien doit proposer un équipement complet (monture + verres) du panier 100 % Santé. Il est toutefois possible de mixer, mais cela implique un reste à charge.

Les plafonds de remboursement des complémentaires santé dites « responsables »

Les mutuelles dites « responsables » respectent des plafonds de remboursement fixés par la réglementation :

  • Pour la monture : remboursement limité à 100 € (hors 100 % Santé).

  • Pour les verres : remboursement intégral (dans le cadre du 100 % Santé) pour les verres de classe A, et remboursement partiel, avec un plafond variable selon le contrat pour les verres de classe B.

  • Pour les lentilles : remboursement limité à 150 €/an pour les moins de 16 ans, et à 200 €/an pour les autres.

Bon à savoir : Les complémentaires santé « responsables » ne peuvent pas rembourser au-delà de ces plafonds pour les équipements hors 100 % Santé.

Classe A et classe B : quelle influence sur le reste à charge ?

La classe A n’implique pas de reste à charge pour les assurés, à condition que la monture soit également sélectionnée dans le panier 100 % Santé. Les verres de cette classe sont soumis à des traitements obligatoires, tels que l’antireflet et un indice de réfraction minimal. Cette option permet ainsi d’accéder à un équipement optique complet (monture + verres) sans frais supplémentaires. La classe B, en revanche, implique un reste à charge souvent élevé pour l’assuré. La Sécurité sociale rembourse les verres sur une base fixe, et la mutuelle se base sur les plafonds prévus par le contrat.

Opter pour la classe A permet d’éviter tout reste à charge, à condition de respecter les critères du panier 100 % Santé. À l’inverse, choisir la classe B, bien qu’elle permette de bénéficier d’options plus variées, entraîne un reste à charge important, même avec une mutuelle.

Les montures premium hors nomenclature

Si le panier 100% Santé couvre les besoins essentiels, il ne répond pas forcément aux envies de design, de signature de marque ou de finitions luxueuses. Les montures de la classe B sont disponibles à des prix de vente qui dépassent largement le plafond des montures 100% Santé. Faut-il pour autant renoncer à ces montures premium au moment de choisir vos lunettes de vue si vous tenez à votre style ?

Les montures de luxe

Les collections de luxe se situent généralement dans une fourchette de 250€ à 450€ pour la monture seule. Les 100€ de prise en charge maximale prévus par les contrats responsables pour les montures de classe B ne représentent donc qu’une fraction de la dépense. Concrètement, pour une monture à 350€, vous pouvez espérer un remboursement d’environ 100€ au titre de votre mutuelle Votre reste à charge avoisinera donc les 250€.

Le taux de couverture réel de ces montures de luxe, c’est-à-dire la part réellement remboursée par rapport au prix payé, dépasse rarement le tiers du prix de la monture. En revanche, si vous optez pour des verres 100% Santé parfaitement adaptés à votre correction, le coût de l’équipement peut être abordable : la facture additionnelle concernera essentiellement la monture.

Les collections capsules

Les marques ultra-premium occupent une niche encore plus exclusive. Leurs montures, souvent fabriquées en titane, à visserie invisible ou à charnières brevetées, se situent le plus souvent entre 400€ et 700€. Leur légèreté et leur durabilité en font un investissement de long terme, mais les placent hors d’atteinte du remboursement standard. Le plafonnement de la complémentaire santé sur la monture ne couvre qu’une part très réduite du prix.

Pour rendre ces montures accessibles, certains opticiens proposent des facilités de paiement : échelonnement en trois ou quatre fois sans frais, crédit à la consommation pour des montants plus élevés ou remises pendant les périodes de promotions. D’autres encouragent l’achat fractionné : vous conservez votre ancienne monture pour en faire une seconde paire 100% Santé, et concentrez votre budget sur une monture haut de gamme.

La compatibilité technique entre le design et les dispositifs médicaux

La forme des lunettes ne se prête pas toujours à toutes les corrections, ni à tous les types de verres. Les verres progressifs, par exemple, nécessitent une hauteur minimale de montage et un certain volume de verre pour que les différentes zones de vision (de près, intermédiaire, de loin) soient correctement réparties. De la même manière, certaines finitions (bords très fins, formes géométriques extrêmes) peuvent compliquer l’intégration de verres épais ou fortement traités.

Les verres progressifs et les verres transitions photochromiques

Les verres progressifs sont conçus pour améliorer la vue, quelle que soit la distance, notamment pour les presbytes actifs sur les écrans. Toutefois, ces technologies nécessitent un espace suffisant dans la monture pour accueillir les zones de progression. Une monture ultra-fine peut réduire la surface exploitable et dégrader le confort, surtout pour voir de près.

Les verres transitions photochromiques, qui se teintent au soleil, ajoutent une autre contrainte : ils sont sensibles à la température et à l’exposition aux UV. Sur des montures très enveloppantes ou fortement galbées, la répartition de la teinte peut être moins homogène si le verre est trop courbé. À l’inverse, sur des lunettes très minimalistes, il faut s’assurer que l’épaisseur centrale est suffisante pour garantir la solidité du verre.

L’index de réfraction et l’épaisseur

Plus votre correction est forte, plus le verre brut est épais. Pour limiter l’effet fond de bouteille, les fabricants proposent des verres à indice de réfraction élevé. Ces verres sont plus chers, mais permettent d’amincir l’équipement, pour les myopies sévères par exemple. La monture choisie influence toutefois le résultat final : une grande monture rectangulaire en plastique accentue les bords épais, alors qu’une monture plus petite, ronde ou ovale, réduit visuellement l’épaisseur.

Il faut donc trouver le meilleur compromis entre le champ visuel, le confort et le rendu esthétique. Une forte hypermétropie dans une monture très fine en métal peut par exemple créer un effet de grossissement marqué au centre du verre. En jouant sur l’indice de réfraction, la forme de la monture et le diamètre de perçage, il est possible de concilier correction complexe et look soigné.

Les traitements antireflets et les verres anti-lumière bleue

Les traitements de surface influent sur le confort quotidien : antireflet, anti-rayures renforcé, hydrophobe (anti-salissures), anti-buée, filtre lumière bleue… Toutefois, tous les traitements ne sont pas pris en charge par le dispositif 100% Santé. Les verres de classe A incluent déjà un antireflet et un anti-rayures, mais dès que vous montez en gamme (antireflet haute définition, verres pour écrans, traitements photochromiques), vous basculez souvent en classe B. Le surcoût de ces options est rarement remboursé intégralement par les mutuelles, qui les considèrent comme des prestations de confort.

Faut-il pour autant renoncer à ces traitements si vous travaillez huit heures par jour sur ordinateur ou conduisez beaucoup de nuit ? Pas forcément, mais il faut prioriser. Par exemple, un antireflet peut réduire la fatigue visuelle et améliorer la qualité de la vision nocturne. À l’inverse, un traitement anti-buée ne se justifie pas pour tous les profils.

Une seconde paire, des achats fractionnés, des dispositifs alternatifs ?

Face au coût parfois élevé des montures design et des verres haut de gamme, de nombreux patients développent des stratégies pour mieux gérer leur budget. Beaucoup d’enseignes proposent aujourd’hui une seconde paire à un tarif préférentiel, parfois offerte, généralement avec des verres simples. Vous pouvez alors réserver votre monture premium pour un usage professionnel ou social, et utiliser une paire 100% Santé pour le sport, le bricolage ou les vacances.

Concernant l’achat fractionné, vous commencez par investir dans des verres de haute qualité (progressifs personnalisés, traitements spécifiques) montés sur une monture de classe A ou d’entrée de gamme. L’année suivante ou au renouvellement, vous affectez une partie de votre budget à une monture design, en réutilisant si possible vos verres selon leur compatibilité. Cela demande une certaine anticipation, mais elle permet de lisser la dépense sur deux ans.

Parfois, il est possible de bénéficier des services d’opticiens à domicile, qui facturent souvent les équipements au même prix qu’en boutique, avec une meilleure personnalisation. Tester plusieurs montures dans votre environnement quotidien vous aide à affiner votre choix selon votre style de vie réel, pas seulement selon le miroir du magasin.

Trouver un équilibre entre esthétique, qualité et budget

Au moment de choisir vos lunettes, il faut trouver un équilibre entre l’esthétique de la monture, la qualité optique des verres et le niveau de remboursement. L’idée n’est pas de sacrifier totalement l’une d’elles au profit des deux autres, mais de trouver un point d’équilibre qui vous ressemble. Une personne très sensible à son image publique pourra accepter un reste à charge plus élevé pour une monture signature, en restant sur des verres 100% Santé. À l’inverse, quelqu’un qui passe ses journées devant un écran privilégiera des verres plus techniques et des traitements spécialisés, quitte à opter pour une monture plus sobre de classe A.

N’oubliez pas que la qualité de la correction est toujours prioritaire. Une monture de créateur ne compensera jamais des verres mal adaptés ou de mauvaise qualité. Pour choisir vos lunettes de vue, prenez le temps de discuter avec votre opticien de votre correction, de vos habitudes (écrans, conduite, sport) et de votre budget. Ensemble, vous pourrez composer un équipement cohérent : peut-être une monture design associée à des verres optimisés, ou au contraire une monture plus discrète avec des verres très techniques. Le but n’est pas de choisir entre style et prise en charge, mais de combiner intelligemment les deux.

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